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~/teaching · data analytics · séance 2, jeudi 17 décembre 2026

Visualisation de données et récit : choisir le graphique, corriger ceux qui trompent, écrire le constat

Partir de la question, confier les nombres à la position et à la longueur, placer la réponse là où l'œil arrive en premier.

Résumé

C'est la deuxième séance de Data Analytics for Business, un cours du M2 International Management de l'Université Catholique de Lille (2026-2027), donnée à distance. Elle prolonge la première séance, où un objectif flou devenait une question précise et un arbre de KPI, et transforme ce travail en graphiques et en un premier tableau de bord (dashboard) sur le même cas : l'historique de commandes ouvert d'Olist, une place de marché brésilienne.

La première moitié porte sur la lecture et le choix des graphiques : ce que l'œil remarque avant de lire, les encodages que l'on compare avec précision, la famille de graphique qui convient à chaque sorte de question, et quatre façons classiques de tromper sans un seul chiffre faux. La seconde moitié porte sur la communication : un tableau de bord construit pour un lecteur et une question, un titre qui énonce le constat, et un court récit écrit qui se termine par une action. La référence principale est Storytelling with Data de Cole Nussbaumer Knaflic.

À la fin de la séance, on sait choisir un graphique adapté à une question, repérer et redessiner un graphique trompeur avec une grille de six questions, organiser un tableau de bord qui passe le test des cinq secondes (five-second test), et écrire son constat principal en trois phrases. Interroger les données derrière ces graphiques est le sujet de SQL pour managers.

Les slides

Data visualisation and storytelling

Séance 2, jeudi 17 décembre 2026. Data Analytics for Business, Université Catholique de Lille, M2 International Management, 2026-2027. Les slides de ce cours sont en anglais.

Ouvrir les slides (mot de passe donné par l'enseignant)

Le deck lui-même est chiffré pour les élèves du cours ; cette page le résume pour tous.

La page du cours

Plan du deck

  1. Accueil et retours. Un échauffement de mémoire sur la séance 1 et les tendances observées dans les premiers rendus de groupe.
  2. Comment l'œil lit un graphique. Attributs pré-attentifs, classement des encodages par précision, et désencombrement en gris plus une couleur.
  3. Choisir le graphique. Cinq sortes de questions, cinq familles de graphiques, et pourquoi une moyenne a besoin de sa distribution à côté.
  4. La clinique des graphiques. Quatre façons de tromper avec des chiffres honnêtes, la version corrigée de chacune, et une grille de critique.
  5. Tableaux de bord et récit. Un lecteur et une question par tableau de bord, un ordre de lecture depuis le coin supérieur gauche, des titres-constats et un récit en trois phrases.
  6. Un premier tableau de bord. Chaque groupe monte une ébauche dans Looker Studio à partir de son fichier nettoyé, puis la teste sur un autre groupe.
  7. Synthèse. Trois idées à garder et l'organisation de l'analyse pendant les vacances d'hiver.

Comment l'œil lit un graphique

Certaines différences visuelles sautent aux yeux avant même la lecture, si bien que c'est le concepteur du graphique qui décide où le lecteur regarde d'abord.

La séance s'ouvre sur une grille de chiffres et quinze secondes pour compter les 7. Tout le monde compte ligne par ligne. À la seconde présentation, les chiffres sont les mêmes, mais les 7 sont en couleur et tout le reste en gris : les onze apparaissent d'un coup. C'est le traitement pré-attentif (pre-attentive processing), la poignée de propriétés visuelles que le cerveau enregistre avant la lecture consciente. Le deck en montre cinq : la position, la longueur, la couleur, la taille et la forme.

D'un encodage visuel (visual encoding) à l'autre, la précision de lecture varie. William Cleveland et Robert McGill les ont classés en 1984 selon la justesse avec laquelle on compare des valeurs ; le deck en montre une version simplifiée. Les positions sur une échelle commune arrivent en tête, les longueurs juste derrière ; angles, aires et nuances de couleur ferment la marche. Le diagramme en rose de Florence Nightingale (1858) est mémorable pour la raison même qui le rend difficile à lire : les valeurs y sont portées par l'aire des secteurs.

Tableau 1 : Vue simplifiée du classement présenté dans le deck, d'après Cleveland et McGill (1984).
EncodageGraphique typeÀ utiliser pour
Position sur une échelle communeDiagramme en points, courbePorter des valeurs à comparer
LongueurDiagramme en barresPorter des valeurs à comparer
Angle, aireCamembert, bullesMontrer des proportions grossières, deux ou trois parts au plus
Nuance de couleurCarte de chaleurAttirer l'attention sur un élément

Conséquence pratique : le désencombrement (decluttering), sujet du chapitre 3 de Knaflic. Dans l'avant-après du deck, six couleurs de barres se disputent l'attention, une légende fait faire des allers-retours à l'œil et un quadrillage épais ajoute du bruit. La version redessinée trie les barres, écrit les valeurs dessus, passe tout en gris sauf la barre qui compte, et donne un titre qui dit quoi remarquer. Chaque élément doit mériter sa place : cadres, grilles épaisses, légendes que des étiquettes directes remplacent, décimales que personne ne lit.

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Choisir le graphique : la question décide

On nomme d'abord la sorte de question, comparaison, évolution, distribution, relation ou composition, et le graphique en découle.

Le principe 2.1 du cours le dit simplement : c'est la question qui choisit le graphique, pas le réglage par défaut du logiciel ni l'habitude. Le deck range les questions de gestion en cinq familles, chacune avec son graphique naturel.

Tableau 2 : Cinq familles de questions et le graphique qui y répond en général, avec des exemples Olist du type discutés en cours.
FamilleGraphiqueQuestion sur Olist
ComparaisonBarres triéesQuelles dix catégories rapportent le plus ?
ÉvolutionCourbeComment les commandes mensuelles ont-elles évolué de 2017 à 2018 ?
DistributionHistogrammeCombien de temps les clients attendent-ils leur colis ?
RelationNuage de pointsLes frais de port montent-ils avec le poids du produit ?
CompositionBarres empilées (camembert seulement pour deux ou trois parts)Comment les commandes se répartissent-elles entre paiement unique et paiement en plusieurs fois ?

Les barres empilées (stacked bar) conviennent aux parts d'un tout ; le camembert n'est acceptable qu'avec deux ou trois parts, au-delà les secteurs ne se comparent plus, pour les raisons que donne le classement des encodages. Pour la relation entre deux mesures, le nuage de points (scatter plot) est l'outil naturel. Quand la réponse est une seule part, une carte de score (scorecard) affichant un nombre est souvent plus claire que n'importe quel graphique. Et une question qui semble demander deux familles est en général deux questions.

Exemple travaillé : même moyenne, histoires différentes

Deux vendeurs fictifs livrent tous deux en 10 jours en moyenne. Le vendeur X est régulier ; le vendeur Y a une longue traîne, avec 23 commandes sur 100 qui prennent 18 jours ou plus, soit près d'un quart de clients qui attendent plus de deux semaines et demie. La moyenne ne les distingue pas ; seule la forme de la distribution le fait, et c'est le rôle de l'histogramme (histogram). Pour les délais de livraison, les notes d'avis ou la valeur des paniers, la traîne est souvent l'endroit où se loge le problème de gestion, d'où l'insistance du cours à regarder la dispersion avant de citer une moyenne.

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La clinique des graphiques : tromper sans mentir

Un graphique peut induire en erreur avec des chiffres parfaitement exacts, par son axe, son échelle, son unité ou la période qu'il montre.

Les graphiques trompeurs sont rarement l'œuvre de gens qui veulent tromper. Ils naissent de réglages par défaut que personne n'a remis en cause, ou d'un concepteur qui savait déjà ce que le graphique devait dire. La clinique présente quatre cas aux données inventées, chacun d'abord sous sa forme trompeuse, puis redessiné.

Pas à pas

  1. Des barres qui ne partent pas de zéro. Une barre porte sa valeur par sa longueur ; tronquer l'axe casse donc l'encodage. Les courbes sont un autre cas : elles peuvent zoomer sur l'étendue des données si l'axe est clairement gradué.
  2. Deux axes verticaux. Avec un double axe (dual axis), le concepteur fixe librement les deux échelles et peut faire paraître liées presque n'importe quelles séries croissantes. Deux graphiques superposés sur le même axe du temps sont honnêtes, et deux séries qui montent ensemble ne prouvent toujours aucune causalité.
  3. Des effectifs au lieu de taux. Un grand État a plus de tout : une carte de l'effectif (count) des commandes en retard cartographie surtout la population. Le taux (rate) montre où la livraison échoue, et le dénominateur doit rester visible, car les petits groupes varient beaucoup.
  4. Une fenêtre de temps choisie. Trois mois d'automne peuvent montrer une envolée que deux années révèlent comme un pic saisonnier revenant chaque novembre. Regarder la vue longue et les mêmes mois de l'année précédente, et vérifier si un saut n'est pas un événement isolé.

Exemple travaillé : un axe de barres tronqué

Prenons deux notes moyennes d'avis, 4,1 et 4,3 (chiffres d'illustration). Tracées depuis zéro, les barres diffèrent d'environ 5 %. Avec un axe coupé à 4,0, les longueurs visibles deviennent 0,1 et 0,3, et la seconde barre paraît trois fois plus grande que la première.

Tableau 3 : Mêmes valeurs, deux axes : le rapport que voit l'œil face au rapport réel.
Début de l'axeLongueur barre ALongueur barre BRapport visuel B/A
04,14,31,05
4,00,10,33,00
taux de retard=commandes livreˊes en retardcommandes livreˊes\text{taux de retard} = \frac{\text{commandes livrées en retard}}{\text{commandes livrées}}
(1)
Tableau 4 : La grille de critique en six questions du deck, à appliquer à tout graphique, y compris le sien.
PointQuestion à poser
TitreÉnonce-t-il le constat ?
GraphiqueConvient-il à la question ?
AxeLes barres partent-elles de zéro, et y a-t-il un seul axe par graphique ?
UnitéEffectifs ou taux, et comparés à quoi ?
FenêtreQuelle période, et pourquoi celle-là ?
EncombrementQue pourrait-on retirer sans rien perdre ?

Pour un graphique publié, on ajoute la source et la date des données. La classe applique la grille à deux graphiques tirés de l'actualité de la semaine, l'un qui fonctionne et l'autre non, après un premier regard de cinq secondes.

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Un tableau de bord, un lecteur, une question

Un tableau de bord qui veut tout montrer ne répond à rien ; on le construit pour un décideur et une question précise.

Un tableau de bord intitulé d'après un sujet, comme une vue d'ensemble des ventes, n'a pas de propos particulier. Le cours demande un lecteur (le décideur du brief du groupe), une question (celle, précise, écrite en séance 1) et une réponse lisible en quelques secondes.

L'ordre de lecture que recommande le deck

  1. Le titre, en haut à gauche. Un lecteur occidental commence là, donc le titre énonce le constat.
  2. Les cartes de score. Deux ou trois chiffres de tête pris en haut de l'arbre de KPI : l'objectif et ses principaux leviers.
  3. L'évolution. La mesure principale dans le temps.
  4. La ventilation. Où, ou pour qui, le résultat diffère, en gris plus une couleur d'accent.
  5. Un seul filtre. Une première version n'en demande qu'un ; dix filtres signifient que le tableau de bord n'a pas décidé à quoi il sert.

Le test des cinq secondes simule un manager pressé : une personne extérieure au groupe voit le tableau de bord brièvement, puis dit de quoi il parle et ce qu'il affirme. Si elle n'y parvient pas, la réparation se trouve presque toujours dans le titre et dans ce qui occupe le coin supérieur gauche.

Il existe trois forces de titre. Un titre-sujet nomme le thème (délai de livraison par catégorie). Un titre-constat (finding title) dit quoi voir (la catégorie D met deux fois plus de temps à être livrée). Un titre-action dit quoi faire (revoir d'abord les transporteurs de la catégorie D) et convient à une diapositive de pitch qui porte une recommandation. Une mise en garde du deck : un tableau de bord rafraîchi chaque jour peut contredire son propre titre le lendemain, il faut donc vérifier que le titre colle encore aux chiffres.

La partie pratique utilise Looker Studio : connecter le fichier Google Sheets nettoyé, ajouter une carte de score, une série temporelle et une liste déroulante. Si la série temporelle reste vide, la colonne de date est en général stockée en texte plutôt qu'en date.

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Le constat en trois phrases

Un constat devient utile quand il dit ce qui a changé, pourquoi le lecteur doit s'en soucier et quelle action en découle, avec un chiffre dans chaque partie.

Knaflic appelle la version en une phrase d'un message la grande idée (Big Idea). Le cours l'étire en trois phrases, chacune remplie à partir du tableau de bord ou d'une hypothèse énoncée ouvertement. Un crochet du gabarit qu'on ne peut pas remplir avec les données révèle un trou dans l'analyse, pas un problème de rédaction.

L'exemple travaillé du deck, avec des chiffres d'illustration (pas un résultat Olist)

  1. Ce qui s'est passé. La catégorie D met 21 jours à atteindre les clients, contre 8 à 12 jours pour les cinq autres catégories. Comparer des segments vaut autant que comparer des périodes, pourvu qu'il y ait un chiffre et un point de référence.
  2. Pourquoi c'est important. Ses clients attendent environ trois semaines, ce qui menace leurs avis : un risque pour le directeur des opérations. Le lien entre livraison lente et mauvais avis est écrit comme une hypothèse, à tester à la séance suivante.
  3. Que faire ensuite. Financer une revue des transporteurs au prochain trimestre et suivre le délai de livraison de la catégorie D. Elle dit qui agit, ce qu'il fait, pour quand, et quelle mesure confirmera l'effet.

La première phrase sert aussi, presque mot pour mot, de titre-constat au tableau de bord. Le gabarit derrière comporte des crochets pour la mesure, son sens, les valeurs, les périodes et le segment, puis pour le coût ou le risque et qui le porte, enfin pour le responsable, l'action, la date et l'indicateur à suivre.

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À retenir

  1. La question choisit le graphique : dire s'il s'agit d'une comparaison, d'une évolution, d'une distribution, d'une relation ou d'une composition avant de tracer quoi que ce soit.
  2. Confier les valeurs à la position et à la longueur ; employer la couleur avec parcimonie, pour désigner la seule chose que le lecteur doit voir.
  3. Regarder la distribution avant de citer une moyenne ; le problème se cache souvent dans la traîne.
  4. La plupart des graphiques trompeurs enfreignent une règle simple : barres depuis zéro, un axe par graphique, des taux plutôt que des effectifs, une fenêtre de temps justifiable.
  5. Construire chaque tableau de bord pour un lecteur et une question, le constat dans le titre en haut à gauche, et le vérifier avec le test des cinq secondes.
  6. Finir le récit par une action : qui fait quoi, pour quand, et quel indicateur dira si cela a marché.

Glossaire

traitement pré-attentif (pre-attentive processing)
Propriétés visuelles comme la couleur, la taille ou la position que l'œil remarque avant la lecture consciente.
encodage visuel (visual encoding)
Manière dont un graphique rend une valeur visible : position, longueur, angle, aire, couleur.
désencombrement (decluttering)
Retrait de tout élément de graphique qui n'aide pas le lecteur à voir le message.
histogramme (histogram)
Graphique de la répartition des valeurs, qui compte combien tombent dans chaque intervalle.
nuage de points (scatter plot)
Graphique de points placés selon deux mesures, pour voir si elles varient ensemble.
barres empilées (stacked bar)
Barre découpée en segments qui montrent les parts d'un tout.
double axe (dual axis)
Graphique à deux échelles verticales, qui permet de faire paraître liées des séries sans rapport.
taux (rate)
Effectif divisé par le total pertinent, ce qui rend comparables des groupes de tailles différentes.
effectif (count)
Nombre brut d'occurrences, qui suit surtout la taille du groupe.
tableau de bord (dashboard)
Page d'indicateurs et de graphiques construite pour répondre à une question pour un lecteur.
carte de score (scorecard)
Élément de tableau de bord qui affiche un seul chiffre de tête.
titre-constat (finding title)
Titre de graphique ou de tableau de bord qui énonce ce que montrent les données, pas seulement le sujet.
test des cinq secondes (five-second test)
Montrer brièvement un tableau de bord à quelqu'un, puis lui demander de quoi il parle et ce qu'il dit.
grande idée (Big Idea)
Nom que Knaflic donne à la phrase unique qui porte le propos d'une présentation.

Les autres fiches du cours

Un résumé public par deck, dans l'ordre du cours.

  1. Séance 1Des données à la décision
  2. Séance 2Visualisation de données et récit
  3. Séance 3L'essentiel du SQL pour managers
  4. Séance 4L'analyse prédictive pour décideurs
  5. Séance 5IA générative, RGPD et AI Act
  6. Séance 6Présenter une analyse à des décideurs

Toutes les fiches, en liste de lecture

À propos de ces fiches

Écrites par l'enseignant à partir des slides du deck, comme un résumé public : les idées clés, les formules et un exemple calculé. Les exercices, leurs corrigés, les contrôles et la notation restent dans le deck, pour les élèves du cours.

Révision : .